Jardinage sans travail du sol : saison 4

C’est la quatrième année pour notre espace démonstratif de jardinage sans travail du sol ! Le rendez-vous du jardinage écologique du 6 octobre fut l’occasion de partager nos initiatives au jardin pour mettre de côté le motoculteur et la bêche. Vous en saurez plus sur cette expérience en lisant cet article !

Pourquoi les jardiniers travaillent le sol ?

Le travail du sol :

  • Permet d’aérer le sol ce qui a pour conséquence de faciliter son réchauffement au printemps ainsi que la circulation de l’eau et de l’air.
  • Permet d’ameublir le sol, au minimum en surface, ce qui facilite les semis et plantations et le développement des racines des plantes dans le sol.
  • Permet d’enfouir et diluer les graines d’adventices présentes à la surface du sol (notamment quand les plantes spontanées ont fortement grainé !).
  • Permet d’extirper certaines vivaces aux racines coriaces, détruire les galeries de rongeurs, détruire les pontes de limaces (la mise à l’air des œufs les détruit par dessèchement).
  • Permet de contrôler le développement des adventices annuelles s’il effectué fréquemment et dans les bonnes conditions : sarclage, binage, etc.
  • Permet l’effet gel-dégel sur les mottes de terre durant l’hiver (valable en sol argileux)
  • Permet d’incorporer des matières végétales de la surface pour faciliter leur dégradation
  • Permet de reformer une plate-bande, niveler.

Cependant le travail du sol peut aussi se retourner contre nous :

  • Il perturbe les êtres vivants du sol alors qu’ils sont très précieux pour son bon fonctionnement : directement (blessures voire coupures, comme pour les vers de terre, mais aussi d’autres êtres vivants comme les champignons mycorhiziens et leurs longs filaments tissant dans le sol des réseaux importants de transfert de minéraux et autres molécules utiles aux plante) ou indirectement (destruction de l’habitat : agrégats de sol, galeries permettant aux êtres vivants mobiles de circuler…).
  • Il tasse si les conditions sont trop humides, il peut provoquer de l’érosion du sol (particules fines qui s’envolent, agrégats de sol déjà bien organisés qui se trouvent détruit par un travail du sol fin…).
  • Il fait surgir les mauvaises herbes enfouies, dont la pousse ou la germination est stimulée par une arrivée proche de la surface, de meilleures conditions de chaleur, lumière ou humidité…
  • Il peut assécher le sol ou lui permettre de mieux résister à l’assèchement (binage) selon les cas. Mais la meilleure protection contre l’assèchement du sol reste sa couverture…
  • Le travail du sol peut s’avérer physiquement éprouvant…
  • Il prend du temps !

Si le travail du sol n’est pas bien réfléchi, s’il est fait au mauvais moment, dans de mauvaises conditions, ses effets bénéfiques seront réduits à néant par les dégâts provoqués… Un travail du sol correctement mené peut en revanche être salvateur dans certains cas ! Car le travail du sol est une expression très réductrice qui recouvre en réalité une multitude de façons de faire, qui n’ont pas les mêmes avantages ni les mêmes inconvénients, ni les mêmes degrés de perturbation/amélioration du sol…

La démonstration de jardinage sans travail du sol conduite par le Pôle Maraîchage depuis 2015 n’a pas pour but de montrer qu’il ne faut plus travailler le sol, au sens strict. Son objectif est de montrer les effets de techniques qui remplacent le travail du sol et comment les utiliser pour parvenir à d’excellents résultats. La démonstration permet ainsi de suivre les effets sur le sol et sur les cultures.

Dans de rares cas, un travail du sol reste intéressant mais il est minimaliste. Par exemple avant les semis ou pour reformer une plate-bande, un léger griffage du sol est parfois réalisé. Cela reste du travail du sol superficiel (quelques centimètres). Ce griffage est aussi utile pour sortir des racines de vivaces et casser des galeries de campagnols.

Il est utile de préciser qu’aucune action curative n’est réalisée depuis 2015 pour éliminer d’éventuelles maladies ou ravageurs. Cette situation permet d’observer les effets des pratiques, y compris sur ce volet de la protection des cultures.

Cette année 2018, les parcelles de non travail du sol ont été entretenues par quelques apprentis de Terminale en Conseil Vente, leur formateur Thomas Geng et Sylvain Vonau, volontaire en service civique. Guillaume Delaunay a apporté son appui et ses conseils pour les guider. L’objectif était de voir s’il est envisageable pour les novices d’acquérir les bons réflexes de « jardinage sans travail du sol » rapidement.

Comment a démarré cette expérience ?

Petit résumé en image des autres espaces de jardinage ou le travail du sol est fortement limité  (la gestion du travail du sol est différente sur chacune de ces zones) :

Ce que l’on cherche à obtenir, c’est un sol fertile, vivant. L’aération et l’ameublissement du sol doit s’opérer sans recourir à des outils qui pénalisent la vie du sol.

Grâce à l’activité permanente des êtres vivants du sol, celui-ci sera en quelque sorte travaillé. Les racines forment des zones privilégiées de circulation, que les vers vont emprunter ; ils vont y consommer la matière organique morte (restes de racine, matière organique déposée dans les galeries, etc.), déjà en partie décomposée par des bactéries ou champignons. Les chaînes alimentaires du sol – ou réseaux trophiques – sont amorcés. Plus il y a de vie dans le sol et plus les cycles des matières organiques sont dynamiques : des êtres vivants meurent, se nourrissent les uns des autres, libèrent des nutriments. Les exsudats racinaires des plantes, en plus des dépôts de tissus végétaux, entretiennent les sources nutritives des plus petits êtres vivants du sol (bactéries, protozoaires, champignons, nématodes, etc.). Cette matière organique, si elle est renouvelée, peut s’accumuler (enrichissement) et offre alors un milieu qui sera potentiellement plus humide et aéré.

Cependant un tel fonctionnement écologique peut prendre beaucoup de temps pour s’installer au jardin. Le rôle du jardinier est d’accélérer le processus et de l’accompagner par les bonnes interventions.

Démarrer

Pour démarrer une stratégie de non travail du sol, il peut être judicieux – selon les situations – de commencer par travailler le sol ! Une très forte présence d’adventices vivaces, un sol très appauvri, un sol très compacté peuvent par exemple exiger une intervention de travail du sol (sortir les racines, décompacter et ameublir, enfouir des matières organiques capables de stimuler rapidement une bonne activité biologique). Ceci dans l’optique de ne pas refaire ce gros chamboulements tout les ans…

Premier point auquel il faut être vigilant : éviter le tassement de son sol une fois aéré. Pour cela, les allées permanentes (qui pourront être sans cesse tassées par nos allers-retours) sont une piste incontournable. Ainsi les planches de cultures seront préservées du piétinement. Trouver l’équilibre entre ergonomie et espace de culture nécessite de bien penser l’organisation de l’espace dans son jardin, y compris son éventuelle évolution dans le temps…

Saison 2018

Nous allons voir comment les planches du jardin de démonstration ont été conduites cette année.

Planche1

Notre première planche de culture a principalement accueilli des tomates. La couche épaisse de foin initiale (15-20 cm) a déjà bien diminué, consommée et incorporée au sol.

Cultures précédentes : carottes betteraves radis (juin 2017).
Principale actions : Après un engrais vert de sarrasin difficile moyennement réussi (levée d’adventices) en août 2017, il y a eu un engrais vert de phacélie et moutarde semé début octobre puis détruit par occultation à l’aide d’une bâche de février à avril.
En avril, une épaisse couche de foin a été déposée pour accueillir dans de bonnes conditions une plantation de salades, tomates et basilic.
Point sur la culture de l’année : La tomate cerise a bien fonctionné. Aucun problème de maladies (le couvert de foin a empêché le contact sol/feuilles et évité les projections de pathogènes lors de l’arrosage ou des pluies après plantation). Les tuteurs choisis étaient trop petits pour supporter le poids des tomates, ils ont même une fois été couchés par le vent. Au niveau adventices, le couvert a suffi, il y a eu 2 désherbages très rapides pendant la culture (repousses de chiendent et liseron pour l’essentiel).
Les salades ont été appréciées des chevreuils !

Petit point sur la couverture du sol
Pour permettre au sol de rester meuble, une couverture du sol est intéressante. Elle le protège du tassement lié à la pluie, elle permet de diminuer l’évaporation  (maintien de l’humidité), c’est très utile en été. Le foin peut être considéré comme une couverture nutritive : il est plus riche que la paille et sera plus vite digéré. Il est plus stable que la tonte qui sera très vite décomposée. Du coup si le foin est utilisé, il faut prévoir une quantité suffisante pour qu’il tienne suffisamment longtemps (au moins une saison) !
Il n’y a pas de système de couverture du sol parfait. Si vous n’avez pas de foin, ce n’est pas grave, prenez le matériau que vous avez à disposition (tonte, broyat, compost, feuilles, déchets de cuisine, etc)
La couverture du sol crée un environnement propice aussi aux limaces et aux rongeurs (peu de dégâts de limaces constatés en 2018, les rongeurs quant à eux sont plus problématiques et occasionnent quelques dégâts).

 

Planche 2

Des courgettes et choux brocolis ont été plantés sur la deuxième planche.
Après récolte et retrait des courgettes, place aux choux brocolis. La couverture du sol a été tirée pour laisser place à un engrais vert de trèfles, plutôt irrégulier pour le moment.

Culture précédente : Épinard, salade à couper, moutarde à couper.
Les principales actions  : En février 2018 pose d’une bâche sur les restes de culture et adventices. En Avril, la bâche est retirée, puis une épaisse couche de foin est posée. Début mai des choux brocolis et courgettes ont été plantés au travers du foin.
Fin août les plants de courgette ont été retirés et découpés à la cisaille.
Le foin et les restes de courgettes ont été déplacés sur la planche 4. Un engrais vert de trèfle est directement été semé en surface du sol, offrant suffisamment de porosité de surface pour assurer un contact graine-sol.
Point sur la culture de l’année : Les courgettes ont bien donné. Les choux brocolis ont été broutés en partie mais ont réussi à pousser. Par conséquent, les têtes sont petites mais nombreuses. Le trèfle a pris doucement et globalement a moins bien poussé au niveau du pied des choux – où le sol est plus sec – qu’entre les choux.

Planche 3

La troisième planche est occupée par des poireaux.

Culture précédente : Petits pois suivi d’un mélange d’engrais vert (seigle, vesce, féverole, pois, sarrasin et trèfle incarnat).
Les principales actions : Engrais vert écrasé en mai 2018 (= plaqué au sol).
Pose d’une épaisse couche de foin début avril.
Le 15 juin plantation des poireaux dans le couvert de foin.
Plantation d’autres poireaux plus tard en juin (remplacement de plants disparus).
Début septembre, des chicorées ont été plantées dans le couvert entre les deux lignes de poireaux. Se sont faîtes mangées (limaces ou campagnols).
Point sur la culture de l’année : Les poireaux étaient cachés dans le foin au départ. Une partie a disparu (prédation, maladies, mauvais contact sol/plant ?). D’autres poireaux ont donc été plantés 2 semaines après.
A l’approche de l’automne, les poireaux sont devenus magnifiques et n’ont pas nécessité de fort désherbage.

Les engrais verts
Pour plus de détails sur les engrais vert n’hésitez pas à jeter un œil à l’article : « Les engrais verts au jardin« 
Ils sont essentiels dans une logique de non travail du sol. Ils permettent d’atténuer la présence des adventices en leur opposant une concurrence certaine. Ils présentent tous les effets bénéfiques d’une couverture de sol organique (limitation de l’érosion, rétention de l’humidité, enrichissement du sol une fois en décomposition…). En plus de cela, ils présentent l’avantage d’être vivants, et donc de stimuler la vie biologique du sol en rejetant, dans le sol, une partie des produits de la photosynthèse. Ils participent à l’aération du sol (galeries racinaires) et à la rétention des éléments nutritifs du sol !
Il faut les penser comme une culture classique, à savoir les intégrer dans une rotation, les arroser et veiller à ce que les adventices n’aient pas le dessus.
Leur destruction ne doit pas être négligée avant qu’eux même ne grainent !

Planche 4

Sur cette planche 4 (à droite sur la photo) il y a eu des betteraves, des radis, des carottes (1 ligne de chaque). Les betteraves et carottes se sont faites brouter par les chevreuils à plusieurs reprises, les betteraves ont diparu.
A présent, ce sont des salades plantées par les participants du rendez-vous du 6 octobre qui occupent cet espace (photo prise quelques jours après la plantation).

Culture précédente : Chou cabus blanc plantés dans un couvert végétal écrasé. L’enherbement trop fort oblige l’abandon de la culture, les restes de pommes de terre (tiges) de la plate-bande voisine sont déposés sur le sol avant la pose d’une bâche (tissée, donc perméable) en septembre 2017.
Les principales actions : Le 7 mai 2018, après retrait de la bâche, semis des carottes, radis et betteraves. La bâche est reposée pour augmenter la vitesse de germination. 4 jours plus tard, la bâche est retirée, l’opération est un succès. Premières levées. Fin mai, un voile thermique est posé pour protéger les radis de l’altise.
Mi juin, les radis sont récoltés. Début juillet, alors que les betteraves et ont été régulièrement broutées, un engrais vert de sarrasin est semé (seule la ligne de carottes reste en place). Un filet de vigne est posé début août pour empêcher les chevreuils de le brouter.
Fin août, l’engrais vert de sarrasin est couché à la main. Les carottes sont récoltées et la planche recouverte du foin de la planche 2. Le filet de vigne est retiré. Début octobre, des salades ont été plantées et voilées.
Point sur la culture de l’année :
Les carottes/betteraves ont été broutées. Il y avait peu de légumes au final. La pose du filet aurait dû se faire plus tôt.
Mi novembre 2018, les salades ont belle allure.

Planche 5

Nos Choux brocolis sous des filets de vigne pour les protéger des animaux

Culture précédente : Pommes de terre puis engrais vert de légumineuses couvre-sol (trèfles souterrains, luzerne polymorphe, luzerne tronquée).
Les principales actions : Plantation de choux brocolis sur une moitié de planche début mai, directement dans le couvert de légumineuses. Une partie se fait manger par les rongeurs.
Mi-juin d’autres choux brocolis ont été plantés.  Début juillet, un gros désherbage a été nécessaire.
Début août, les choux sont protégés par un filet de vigne, et paillés à l’aide de restes de tonte à leur pied.
Point sur la culture de l’année : Les premiers brocolis ont été mangés par des animaux. L’engrais vert couvre sol était couvrant au début, mais les adventices ont pris le dessus par la suite. La deuxième série de choux protégée est intéressante. Il y a cependant une forte présence de pucerons (fin d’été chaude et très sèche).

Du maïs doux a été semé en bout de plate-bande. Il est très beau (photo ci-dessous).

Planche 6

3 lignes de mâche, 1 de radis et 1 de salade à couper ont été semées sur la plate-bande 6.

Culture précédente : fenouil, céleri, échalotes, salade puis engrais vert hivernant (moutarde, phacélie, trèfle incarnat, vesce, seigle, pois féverole)
Les principales actions : Début mai engrais vert écrasé et pose d’une bâche.
Début juillet : semis d’un engrais vert de sarrasin.
Début août : pose d’un bâche.
Mi-septembre : retrait du mulch résiduel, griffage très superficiel (croc) pour reformer la planche et retirer des racines d’adventices, semis de radis daikon, mâche et laitue de Saint-Antoine (pour une récolte de salade à couper).
Point sur la culture de l’année : L’engrais vert de sarrasin a été brouté et concurrencé par les adventices. Il a donc été choisi de le détruire prématurément. Au départ la planche devait accueillir du poivron, des choux raves et des fenouils mais le coche de plantation étant passé, les plants n’étaient plus disponibles.
Début octobre, les levées semblaient irrégulières.

Planche 7

Les échalotes de la 7ème planche qui ont précédé l’engrais vert ci-dessous.
L’engrais vert qui a suivi les échalotes a été écrasé par les participants le jour de l’animation 🙂

Culture précédente : Tomates et Courges (2017)
Les principales actions : En février des échalotes sont plantées directement dans les restes de culture découpés sur place.
En mai la planche a été désherbée et couverte de tonte. Début juillet un engrais vert est semé (tournesol, sorgho, millet, trèfle d’Alexandrie) après avoir récolte des échalotes.
Début octobre (lors de l’animation) l’engrais vert a été couché. Aujourd’hui il est recouvert d’une bâche.
Point sur la culture de l’année : Les échalotes étaient jolies et nombreuses. Les adventices étaient bien présentes jusqu’à la pose de la tonte qui a permis par la suite une bonne maîtrise de l’enherbement.

A retenir

En synthèse, revenons sur les principaux leviers qui ont jalonné les présentations chronologiques ci-dessus et qu’il convient de mobiliser pour parvenir à ne plus travailler le sol.

Dans la mesure du possible, il est important d’alterner une culture/un engrais vert. Les restes de culture sont laissés sur place ou utilisés en couverture sur une des plates-bandes voisines. Les engrais verts sont plaqués au sol, détruit par le gel, le dépôt d’un mulch organique (foin, tonte…) ou d’une bâche (de 1 mois à 3-4 mois selon les situations et la saison).

Si le sol est nu, insuffisamment couvert par les cultures récoltées, mulcher (avec de la tonte en pleine saison, c’est la ressource la plus disponible, ou avec les restes de mulch dont on n’a plus besoin sur les plates-bandes voisines).

Contenir les adventices (mauvaises herbes) dès leur apparition : le travail est plus facile et la concurrence sera moins sévère.

Peu décrit dans ce qui précède, l’arrosage est vital dans nos conditions : nutrition des plantes, dégradation des mulchs… Surveiller l’humidité du sol (regarder sous les mulchs, creuser d’une dizaine de cm pour savoir si tout le profil de sol est humide) pour adapter les besoins d’arrosage à votre propre situation.

Surveiller l’état du sol et en cas de trop forte compaction, ameublir a minima sur les lignes de plantations ou semis, au niveau des trous de plantations. Un griffage superficiel s’avère parfois utile : la griffe (ou croc) est le seul outil utilisé depuis 4 saisons !

Il ne vous reste plus qu’à démarrer dans vos propres conditions…

Merci pour votre visite, bon jardinage à vous et prenez soin de votre sol !

Sylvain, volontaire en Service Civique au Pôle Maraîchage de l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace (novembre 2017-octobre2018)